L'Institut de recherche Idiap est un institut de recherche semi-privé à but non lucratif basé à Martigny, dans le canton du Valais, en Suisse. Il mène des recherches dans le traitement de la parole, la vision par ordinateur, la recherche d'informations, l'authentification biométrique, l'interaction multimodale et l'apprentissage automatique. L'institut est affilié à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et à l'Université de Genève.
Idiap se concentre à la fois sur la recherche fondamentale et appliquée, faisant souvent le pont entre la recherche académique et les applications industrielles. Ses travaux couvrent les algorithmes d'apprentissage automatique, les architectures d'apprentissage profond et les modèles de réseaux de neurones, avec un fort accent sur la perception et l'interaction homme-machine.
Histoire
L'institut a été fondé en 1991 sous le nom d'Istituto Dalle Molle di Intelligenza Artificiale Percettiva (français : Institut Dalle Molle d'intelligence artificielle perceptive) par l'entrepreneur italien Angelo Dalle Molle via la Fondation Dalle Molle. Cette initiative a été menée en collaboration avec l'École polytechnique fédérale de Lausanne et avec les autorités locales, cantonales et fédérales. L'objectif initial était d'étudier l'application de l'intelligence artificielle à la perception humaine, en particulier la reconnaissance et l'analyse de motifs.
En 1996, avec la participation de la ville de Martigny, du canton du Valais, de l'EPFL, de l'Université de Genève et de Swisscom, Idiap est devenu une fondation de recherche indépendante, séparée de la Fondation Dalle Molle. Peu après, il a changé de nom pour devenir l'Institut de recherche Idiap. Idiap est l'une des quatre organisations de recherche suisses fondées par la Fondation Dalle Molle, dont trois se concentrent sur l'intelligence artificielle.
Domaines de recherche
Le portefeuille de recherche d'Idiap couvre plusieurs domaines interconnectés. Dans le traitement de la parole, les chercheurs travaillent sur la reconnaissance automatique de la parole, la vérification du locuteur et les interfaces vocales. En vision par ordinateur, l'institut étudie la reconnaissance d'objets, la compréhension de scènes et l'analyse vidéo. Le domaine de l'authentification biométrique comprend des travaux sur les systèmes de reconnaissance des empreintes digitales, du visage et de l'iris, intégrant souvent plusieurs modalités.
L'interaction multimodale est un axe clé, combinant des signaux provenant de la vision, de l'audio et du texte pour créer des interfaces homme-machine plus naturelles. L'institut contribue également à la recherche d'informations, en développant des méthodes pour rechercher et organiser de grands ensembles de données multimédias. Ces efforts s'appuient fréquemment sur les avancées en apprentissage profond et en modèles de transformeurs, y compris les applications d'modèles de langage de grande taille.
Projets notables
Idiap a accueilli le projet IM2 du Pôle de recherche national sur la « gestion interactive d'informations multimodales ». Cette initiative à grande échelle a réuni des partenaires académiques pour faire progresser la recherche dans le traitement multimodal des signaux et l'apprentissage automatique. L'institut bénéficie d'un soutien fédéral en tant qu'installation de recherche dans le domaine de l'intelligence artificielle.
En 2020, les chercheurs d'Idiap développaient des logiciels pour détecter les deepfakes, dans le cadre d'un effort plus large visant à identifier les contenus faciaux et vocaux manipulés dans les vidéos. L'institut a également participé à un défi sponsorisé par Facebook visant à faire progresser les outils de détection de ces médias synthétiques. Ces travaux impliquent des techniques de IA générative et adversariales, nécessitant des méthodes robustes pour distinguer le contenu réel du contenu fabriqué.
Collaborations et partenariats
En 2022, Idiap est devenu une institution partenaire de l'Institut suisse de bioinformatique (SIB). L'accord a été établi pour renforcer la collaboration dans l'application de l'intelligence artificielle à la science des données biologiques et biomédicales, et pour faciliter l'accès au réseau national d'expertise du SIB. Dans le cadre de ce partenariat, Idiap a obtenu une représentation au Conseil de fondation du SIB.
Au-delà de cela, Idiap entretient des liens étroits avec des institutions académiques telles que le CSAIL du MIT et le laboratoire d'IA de Stanford, ainsi qu'avec des partenaires industriels. Sa localisation à Martigny le place au sein d'un réseau d'organisations de recherche suisses, y compris des centres de recherche appliquée de type Nokia Bell Labs et Xerox PARC. L'institut a également des liens historiques avec le développement de la bibliothèque d'apprentissage automatique Torch, créée à Idiap et qui a ensuite influencé les frameworks modernes.
Impact et héritage
Les contributions de l'institut à l'apprentissage automatique et à l'intelligence artificielle ont eu un impact durable. Ses premiers travaux sur les réseaux de neurones et la reconnaissance de motifs ont contribué à jeter les bases des avancées ultérieures dans les architectures de réseaux résiduels et les techniques de normalisation par lots. Les chercheurs d'Idiap ont publié de nombreux travaux dans des domaines tels que l'attention multi-têtes, les modèles encodeur-décodeur et l'apprentissage séquence à séquence, contribuant à l'écosystème plus large de l'IA moderne.
L'accent mis par Idiap sur l'IA orientée perception le distingue des centres de recherche purement théoriques. En mettant l'accent sur des applications réelles comme l'authentification biométrique et la détection des deepfakes, l'institut fait le pont entre la recherche académique et le déploiement pratique. Sa structure semi-privée permet une collaboration flexible avec les institutions publiques et les entreprises privées, favorisant l'innovation dans un domaine en évolution rapide.