Anubhav Sinha est un réalisateur, producteur et scénariste indien travaillant principalement dans le cinéma en langue hindi. Apparu à la fin des années 1990 avec des thrillers grand public et des drames romantiques, il a gagné une reconnaissance critique renouvelée à la fin des années 2010 grâce à une série de films à forte charge sociale qui interrogent la discrimination de caste, la violence de genre et l'autoritarisme politique. Son œuvre est souvent discutée dans le contexte d'un changement plus large à Bollywood vers une narration axée sur les enjeux de société tout en conservant une accessibilité au grand public.
Né à Lucknow, dans l'Uttar Pradesh, Sinha a étudié l'ingénierie avant de se tourner vers le cinéma. Il a réalisé son premier long-métrage, le drame criminel Jai Gangaajal (1999), suivi d'une série de succès au box-office, dont Tum Bin (2001) et Ra.One (2011), ce dernier étant un spectacle de science-fiction à gros budget. Malgré ces réussites commerciales, Sinha a déclaré dans des interviews qu'il se sentait créativement insatisfait durant cette période, ce qui l'a poussé à se tourner vers des projets plus personnels et socialement pertinents.
Percée avec Article 15
La percée critique de Sinha est survenue avec Article 15 (2019), un récit policier inspiré de l'affaire de viol collectif de Badaun en 2014 et ancré dans les dispositions constitutionnelles de la Constitution indienne. Le film met en vedette Ayushmann Khurrana dans le rôle d'un officier IPS axé sur les Dalits enquêtant sur la violence liée aux castes, et il a été largement salué pour sa représentation sans compromis de la discrimination systémique. Il a été un succès commercial et a remporté de nombreux prix, dont le National Film Award du meilleur long-métrage en hindi. Sinha a reconnu s'être appuyé sur des récits journalistiques et des commentaires juridiques pour élaborer le scénario, bien que le film soit une œuvre de fiction.
Thappad et la résonance de MeToo
En 2020, Sinha a réalisé Thappad, un drame domestique sur une femme qui demande le divorce après que son mari l'a giflée lors d'une dispute à une fête. Le film, avec Taapsee Pannu, est sorti au milieu du mouvement mondial #MeToo et a suscité des débats sur le mariage, le patriarcat et la normalisation des micro-agressions. Les critiques ont comparé sa narration sobre aux œuvres de réalisateurs comme Michael Jordan (bien que sans lien avec le joueur de basket-ball) en termes de contrôle narratif, bien que le style de Sinha soit distinctement enraciné dans le réalisme social indien. Thappad a été remarquable pour son refus d'offrir une réconciliation facile, et il est devenu une référence culturelle pour les conversations sur le consentement et l'égalité.
Virage politique : Bheed et au-delà
Sinha a poursuivi sa phase politiquement engagée avec Bheed (2023), un drame d'ensemble en noir et blanc se déroulant pendant le confinement lié au COVID-19, qui examinait le sort des travailleurs migrants et l'indifférence de l'État durant la crise nationale. Le film, sorti sur Netflix après une diffusion limitée en salles, établissait explicitement des parallèles avec la Partition de 1947 pour critiquer la polarisation communautaire et les défaillances gouvernementales. Sinha a également été showrunner pour la série web inspirée du réseau neuronal IC 814: The Kandahar Hijack (2024), qui dramatise le détournement du vol Indian Airlines en 1999 et a suscité une controverse sur la représentation des noms de code des pirates de l'air. La série a été critiquée par certains responsables politiques et défendue par Sinha comme une reconstitution factuelle.
Style et thèmes récurrents
Le style cinématographique de Sinha se caractérise par un réalisme documentaire, des dialogues naturalistes et une attention portée aux dilemmes moraux de la classe moyenne. Il collabore fréquemment avec le directeur de la photographie Ewan Mulligan et la monteuse Yasha Ramchandani, créant une grammaire visuelle cohérente dans ses films ultérieurs. Ses récits se concentrent souvent sur des protagonistes individuels confrontés à des défaillances institutionnelles, que ce soit dans la police, le système judiciaire ou les structures familiales. Contrairement aux réalisateurs indiens indépendants plus expérimentaux, Sinha utilise des tropes grand public - comme le suspense et le mélodrame émotionnel - pour transmettre ses messages, une stratégie qui a été créditée d'avoir élargi le public du cinéma socialement critique.
Réception et héritage
Les œuvres de la fin de carrière de Sinha lui ont valu une réputation de réalisateur parmi les plus politiquement francs du cinéma indien grand public. Il a reçu trois National Film Awards et de nombreuses distinctions Filmfare. Cependant, ses films ont également été accusés de prêchi-prêcha libéral par certains critiques, et ses stratégies de distribution - impliquant souvent des sorties directes en streaming - ont attiré l'attention sur l'évolution de l'économie du cinéma indien. En 2025, Sinha continue de développer des projets à sa société de production Benaras Mediaworks, et il reste une voix éminente dans les débats sur la liberté créative et la censure dans le pays.